La vision de la crise économique de Gianni Motti ne se monnaie pas

Publié le par bookcr.over-blog.com

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La Synagogue de Delme accueille jusqu’au 13 septembre prochain, l’exposition de l’Italien Gianni Motti. Deuxième partie d’une exhibition commencée à Marne-la-Vallée dans le Centre d’Art Contemporain de la Ferme du buisson, « Funds Show » s’intègre à merveille dans le cadre du bâtiment delmois, et fait écho à la crise économique actuelle. Portrait d’un artiste humaniste, et du contexte visuel qu’il impose merveilleusement dans son époque.

 

 Toujours présent au mauvais endroit au bon moment. Telle est la devise de l’artiste contemporain Gianni Motti, dont la personnalité atypique s’est forgée à travers les œuvres qu’il conçoit depuis le début de sa carrière. Il dénonce sans détour une société en perdition, prône une vision humaniste et la réflexion qu’il défend cherche, non  pas à donner des réponses, mais à poser les bonnes questions à un public qui se doit d’être attentif. Provocateur, le créateur italien innove sur la forme, et s’applique sur le fond. Pour exemple, il s’affiche encapuchonné dans un sac lors de la demi-finale des Internationaux de France de Roland Garros en 2004, afin de dénoncer les conditions de détention des prisonniers d’Abu Graïb, Georges W. Bush étant présent dans la capitale à ce moment-là. Lecteur avisé des journaux d’actualité, il revendique auprès des agences de presse l’explosion de la navette Challenger en 1986 et les secousses sismiques de plusieurs tremblements de terre dans les années 90.


A 51 ans, Gianni Motti traverse les années grâce à son ton décalé, et la maturité artistique acquise au fil du temps ne semble pas l’éloigner du chemin d’accusateur qu’il a initialement choisi. L’exposition visible au sein de la synagogue de Delme confirme davantage encore cet aspect, en accouchant d’une vraie interrogation. Car il y est question de la crise économique actuelle. Le lieu repeint entièrement en blanc impose une vision irréaliste, transposant le visiteur dans une sorte de contexte visuel paradisiaque, avec l’impression de se retrouver parmi les nuages le temps d’un instant. Nous découvrons alors un tapis de 6400 billets d’un dollar américain, jetés aléatoirement et qui équivaut à la somme de 5000€, correspondant au montant alloué habituellement à la conception d’œuvres pour les exposants du Centre d’Art Contemporain delmois.  Disposées au sol et sautant aux yeux du public, les petites coupures symbolisent également le surplus d’argent dans l’art contemporain. L’exhibition n’ayant rien coûté en termes de production, Gianni Motti reversera par ailleurs la totalité du budget au centre d’art mosellan.


La Synagogue de Delme se félicite d’être l’hôte de l’évènement. « Il s’agit d’un artiste très intéressant », affirme Marie Cozette, directrice du Centre d’Art Contemporain. « Sa capacité à rebondir rapidement, à s’inscrire dans le monde contemporain et sa faculté de nous emmener dans un univers à part sont autant de points qui forcent l’admiration. Il renouvelle sans cesse les formats classiques de l’art en déconstruisant les préjugés et en imposant son approche critique. » Le lieu fait ainsi office de caisse de résonance face à la démarche pertinente et cohérente de Gianni Motti. Le drapeau blanc baptisé « Hedge Flag » et planté à l’entrée du bâtiment concorde avec le sens de l’exposition, en matérialisant le besoin de prendre du recul face à l’emballement médiatique et politique de la crise économique. Le temps de rendre les armes, la trêve proposée par l’artiste, c'est là le premier indice d’une future exhibition pour le Pont du Mont Blanc de Genève, où une flopée de ses étendards unicolores flottera face aux banques helvétiques. Une manière de faire une pause dans un monde où la course au profit  essouffle ceux qui ne se sentent pas entièrement en adéquation avec ce système. 
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Article paru sur La Plume Culturelle, le 19 juin 2009

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