Orelsan dans l'oeil de la polémique

Publié le par bookcr.over-blog.com

bandeau musiqueLes Trinitaires de Metz accueillaient samedi dernier le rappeur caennais Orelsan. L'acharnement des médias et des politiques face à quelques uns de ses textes ferait presque oublier qu'il reste l'une des plus prometteuses découvertes dans le milieu du rap français depuis longtemps, digne du volubile Anglais Mike Skinner, dit The Streets.


 Légèrement dépité par l’annonce d’un nouveau concert annulé, Orelsan se présentait devant un public messin « chanceux » samedi soir. Au coeur d'un combat inégal entre lui et le monde politique, cet artiste normand de 26 ans est devenu la cible d'une campagne médiatique le stigmatisant comme misogyne. « Je n'arrive pas à comprendre comment on peut autant sortir les paroles de mes chansons de leur contexte initial », se justifie-t-il. La chanson polémique Sale Pute, où il raconte la déception d'un homme après avoir appris que sa femme le trompait, demeure la principale raison de tout ce battage. « Ca a commencé par la diffusion de mes textes par mails groupés de la part de bloggeuses », poursuit-il. « Or, si on veut réellement comprendre ce titre, il faut également regarder le clip. » Dès lors, certaines associations féministes ou acteurs politiques, Valérie Létard, secrétaire d’Etat à la solidarité, en tête, se sont emparés du dossier. Jusqu’à envisager une loi permettant d’élargir la censure sur des sites d’hébergement vidéo comme Youtube ou Dailymotion. « Il s’agit d’une récupération politique» assure le caennais. Il estime que cela ne sert que les intéressés qui jettent de l’huile sur le feu.


Mais Orelsan reste avant tout un rappeur original, qui apporte une réelle nouveauté dans le hip-hop français. Comme beaucoup d’artistes, c’est par Myspace que le buzz s'est déclaré. Puis, Youtube a pris le relais : plus d’un million de clics pour Saint-Valentin, près de 400.000 pour Changement. « La vraie satisfaction a été de dépasser le cadre d’internet », se réjouit-il. « Le public répond présent aux concerts, et on a vendu quelques disques ». 11000 exemplaires pour être précis. Le chanteur de la « Génération Gameboy » s’inspire d’albums de son adolescence. De Paris sous les Bombes de NTM, Ombre est Lumière de IAM, du collectif Secteur Ä, ou encore de Triptik et Puzzle, c’est également avec le rap US des années 90 (Coolio, Wu-Tang Clan, Fugees, Notorious BIG) qu’il forge sa culture musicale. Perdu d’avance a avant tout le mérite de faire passer certains messages. « A la base, je voulais écrire des chansons sur moi et mes potes » nous confie-t-il. « Au final je vois que le message est assez universel.»


Changement, par exemple, évoque le fossé des générations qui, selon lui, a tendance à s’accélérer avec les nouvelles technologies et les stéréotypes associés à la jeunesse d’aujourd’hui, affalée sur un canapé, jouant à Mario Kart, partageant bières, paquets de chips et produits illicites. Impossible pour cette même jeunesse de ne pas se reconnaître également dans Soirée Ratée, où il pointe du doigt avec brio le décalage entre sa génération et la société actuelle. Et s’il se considère comme « le seul écrivain potable depuis Victor Hugo » dans Jimmy Puntchline, c'est la dimension ironique de sa plume qui prévaut. « Dans tout l’album, je me moque de moi-même. Puisque je suis cruel envers moi, je peux bien l’être un peu avec les autres ».
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Article paru sur La Plume Culturelle le 20 avril 2009

Publié dans Articles Parus

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