Tour de France : la polémique de... la polémique par France 2

Publié le par C.R

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L'être humain est pourvu d'une dose incommensurable de bon sens. Moralisateur et irréprochable comme toujours, le français s'insurge de l'injustice, surtout lorsqu'elle intervient dans un évènement aussi populaire que le Tour de France. Et France Télévisions d'en jouer pour mobiliser ses téléspectateurs autour d'une polémique que tous les consultants de la chaîne réfutent en direct. Le nouveau maillot jaune a certainement eu une attitude regrettable, mais encore plus regrettable demeure l'assassinat des champions par les médias français.

 

 

Tous s'indignent aujourd'hui de la prise de pouvoir du maillot jaune par Alberto Contador. Sa faute ? Ne pas avoir attendu Andy Schleck, leader du classement général du Tour de France au départ de cette quinzième étape reliant Pamiers à Bagnères-de-Luchon. Victime d'un "saut de chaîne"  lors d'une attaque en pleine ascension du Port de Balès, le luxembourgeois a perdu une précieuse vingtaine de secondes dans l'aventure.  Le dernier vainqueur du Tour de France, lancé à sa poursuite, a continué son effort alors que son adversaire direct était  pratiquement à l'arrêt, Plus que ce simple geste qui, au final, s'apparente davantage à un fait de course qu'à un véritable acte d'unfair-play, c'est son utilisation médiatique qui interroge. France Télévisions, partenaire médiatique historique de la Grande Boucle, a innové en matière de journalisme : polémiquer autour d'un fait où tous les spécialistes en plateau réfutent l'hypothèse. Et plutôt deux fois qu'une.

 

D'abord au moment du direct, où Gérard Holtz s'en est donné à coeur joie. Interrogeant  tour à tour les consultants,  coureurs, ex-coureurs, ministres (et futur(e) ex-ministre), il ne se préoccupe qu'à peine de l'échappée du survivant Thomas Voeckler, de cette cinquième victoire d'étape française sur ce Tour 2010. Il persiste sur le "geste" du leader de l'écurie Astana. Même Bjarne Riise, pourtant directeur de l'équipe Saxo Bank à laquelle appartient les frères Schleck, semble gêné d'avoir à répondre à la question "Et si vous étiez le directeur sportif de Contador, que lui auriez-vous dit ?". Le regard dans le vide, un double "je ne sais pas.." marque davantage une réaction fataliste qu'une colère retenue. Dans le feu de l'action, et face aux sifflets de la foule au moment où le nouveau maillot jaune revêtissait sa tenue, la redondance imposée par le présentateur de l'"Après Tour" pouvait pourtant parraître légitime. Un public difficile, qui, quant à lui, ne se remet jamais en question.

 

"Décrédibiliser un reportage pour les Nuls", par Laurent Jalabert.

 

Mais dès l'ouverture de son journal télévisé de 20 heures, France 2 a remis le couvert, en privilégiant l'attrait que pouvait provoquer ce sentiment d'injustice au profit d'une analyse moins manichéiste. S'en est suivi un entretien entre Marie Drucker et Laurent Jalabert qui décrédibilisa le reportage qui venait d'être diffusé. "Le Panda" estime qu'Andy Schleck peut se reprocher d'avoir mis du temps à remettre sa chaîne en place, et qu'il n'y a pas lieu à la polémique. Il défend la thèse avancée par Contador à la fin de la course, c'est à dire qu'il n'était pas au courant de l'incident de Schleck, même si les images semblent prouver le contraire. Il fustige surtout les huées du public français.

 

S'arrêter ou pas ? Il s'agit surtout d'une décision à prendre en quelques secondes, dans une étape où peut se jouer le Tour de France, et où les troisièmes et quatrièmes ne se sont pas posés la question. Le leader de la formation Astana n'a pas fait preuve de fair-play certes, mais le cyclisme n'a-t-il pas connu de plus grands traumatismes ? Devrons-nous, au titre de cet acte difficilement définissable, vocabulairement parlant, oublier qu'il s'agit sûrement du plus beau Tour de France depuis la suprématie d'Armstrong ? N'oublions pas qu'au sommet du Col, Andy Schleck ne possède qu'une vingtaine de secondes de retard sur Contador, et qu'il est à ce moment-là, encore maillot jaune. Ce dernier qui, n'a pas cessé de regarder dans les rétroviseurs dans les derniers virages du seul col hors-catégorie du jour, sentait-il qu'il avait pris la mauvaise décision ? Aux yeux du public en tout cas, parce qu'il sera, qu'on le souhaite ou non, maillot jaune au départ de la seixième étape qui mènera à Pau..

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